mercredi 1 juillet 2015

Générique de fin

Mon voyage était avant tout musical, à la recherche du blues, de ses endroits mythiques et mystérieux qui ont habité ma tête et mes espaces de vie nombreux et variés depuis si longtemps. Ils ne sont pas tous là, mais j'ai tendu un fil rouge. Il y en a eu qui étaient de trop (Tupelo MS ou St Louis MO), d'autres mis d'emblée à l'écart (Jackson MS, Nashville TN). avec un peu de regrets maintenant, je ne suivrais pas forcément le même chemin. Mais qu'importe, chaque étape m'a permis de faire de belles rencontres et m'a fait me connaître un peu mieux. C'est à cela que les voyages servent. Je ne saurai pas ce que les étapes évincées m'ont fait rater.
Le blues a été partout avec moi, des sonorités jazzy, aux accents gospel, voire latinos, à frôler le rock n'roll, le boogie, la soul et le r&b, j'ai franchi des des frontières invisibles et inutiles. L'essentiel a été de vibrer, de laisser les émotions prendre le dessus.
 
Il m'avait fallu un fil rouge,  le blues en a été un. Ça aurait tout aussi bien pu en être un autre (sur les traces d'un roman ou d'un personnage, à la recherche d'un artiste...). Quel qu'il ait été, il aurait donné un sens à mon voyage, m'aurait évité de m'égarer. Le blues a eu ce rôle de guide.
Le blues m'a rappelé que l'histoire de ce pays était encore à écrire. Que les questions raciales n'étaient pas résolues. Qu'en choisissant de remonter le Mississippi, j'étais allée là où les tensions étaient tenaces, les blessures vives. Et pourtant, le cœur au bon endroit, comme ils disent là-bas, et ce Jesus omniprésentqui va comprendre.

En guise de conclusion...






New York, dernières images


Chère Roxane,

Tu m'as écrit que tu étais jalouse, que tu aimerais tellement découvrir New York... En guise de conclusion, je te propose un parcours à travers le peu de ce que j'ai vu de la ville et que je n'ai pas évoqué sur mon blog.
New York City, Manhattan est No 1
Manhattan
Quand j'écris peu, je veux dire en fait que mon terrain d'exploration s'est cantonné au sud de Central Park. Pourtant, mes chaussures et mes genoux te le confirmeront, j'ai beaucoup marché.
La belle façade du Woolworth Building

A Chinatown, bien sûr
Un hot dog ou un pretzel pour les petits creux
La cathédrale St Patrick
A l'intérieur du Chelsea Market
Le fameux Flat Iron (fer à repasser) Building

L'Empire State Building vu d'en-bas
Il est plus imposant de cette manière, mais ce n'est pas moi
qui ai pris la photo...

 J'ai même conçu, réalisé et commenté un documentaire sur Times Square à ton intention.

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Et ça, c'est à l'intérieur de la station de métro de Times Square.
Brrrrr !
 Il y a des réalités que nous les touristes ne captons souvent pas.
Trouvé dans une station de métro : Est-ce encore considéré comme
une chambre à coucher quand on ne peut pas mettre un lit ?
Mais terminons sur une image positive, celle de tous les espoirs de tous ceux qui sont arrivés en Amérique par bateau.
Miss Liberty
Bon déménagement. Avec toute mon affection.
D.

PS. Et une spéciale dédicace à qui tu sais :

mardi 30 juin 2015

Brooklyn Bridge


Cher Washington,

C'est effarant, j'apprends que l'on peut franchir l'East River à pied. Attention, rien de miraculeux, non, simplement en empruntant le pont de Brooklyn, l'un des plus anciens ponts suspendus des États-Unis (et en le rendant à l'issue de la traversée).
Je me décide de relier Manhattan à Brooklyn de cette manière, en fin de journée pour profiter des changements de lumière.
Ce n'est qu'après ma traversée que je recherche l'histoire du pont. On peut dire que je ne suis pas déçue, quelle histoire !
C'est ton père, l'architecte John Augustus Roebling, ayant à son actif plusieurs ponts suspendus de tailles plus modestes, qui l'a conçu. Il faut dire qu'il a inventé en 1841 des câbles en acier qui sont la base de son succès commercial. Il faut ajouter qu'il est fasciné par les ponts suspendus. Quelques jours après le début des travaux, il est sérieusement blessé lorsque qu'un ferry lui écrase le pied ; il meurt de la gangrène (ou du tétanos, selon les sources) deux semaines plus tard.
Des peintres suspendus aux câbles en 1914
C'est  toi, Washington, son fils, qui lui succède. Mais toi aussi, tu es victime d'un accident, de décompression dans ton cas. Ce genre d'accident peut survenir chez des personnes exposées à une pression supérieure à la pression atmosphérique.n C'est exactement ce qui est arrivé au cours de travaux effectués dans des caissons pressurisés pour éviter les infiltrations d'eau lors du chantier du pont de Brooklyn. Toi et d'autres ouvriers avez payé un lourd tribut à ce que l’on appelait alors la maladie des caissons. Tu  restes lourdement handicapé. Ton épouse, Emily Warren Roebling, assure alors le relais entre toi et tes ouvriers, tandis que tu restes confiné chez toi et observes la construction du pont avec des jumelles. Et dire que certains se cassent la tête pour trouver des scénarios !
Un côté pour les piétons, l'autre pour les cyclistes
Le pont a été ouvert à la circulation le 24 mai 1883, après 14 ans de travaux. Pendant cette seule journée 1 800 véhicules et 150 300 personnes ont emprunté tous les 1 825 mètres. Comme moi et quelques autres, piétons et cyclistes, sur les pistes qui nous étaient réservées, alors que les voitures roulaient en-dessous de nous.
La vue sur le sud de Manhattan
En 1884, Phineas Taylor Barnum démontre la fiabilité du pont en y faisant défiler les 21 éléphants de son cirque (une belle publicité pour son célèbre cirque). Du coup, malgré les tacos avalés avant ma visite,  je me suis sentie en sécurité.
Cette balade est la plus belle depuis mon arrivée à New York, celle qui m'a offert l'image la plus complète de cette ville aux multiples facettes, entre 2 districts, entre ciel et eau, entre jour et nuit. Magique.
Vue imprenable sur Midtown et l'Empire State Building
Comme ils étaient nombreux à prendre des selfies (pour prouver qu'ils étaient venus, je suppose) et que je ne pratique pas le genre, voici une vidéo de mes pas sur Brooklyn Bridge, I've been there too !

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J'ai pu décompresser de la Gay Pride, sans prendre de risques. 
Avec toute mon admiration pour avoir géré les travaux, ainsi qu'à Madame.
D.

Il me semble que ce blog manque de musique. Une image m'a inspirée.



Le site History.com (en anglais)

L'amour a triomphé


Cher Barack,

"L'Histoire a été écrite !" Dans une décision qualifiée d'historique, la Cour suprême des États-Unis a légalisé vendredi le mariage des homosexuels partout dans tous les États du pays, par cinq voix contre quatre. Une décision historique outre-Atlantique. Tu l'as saluée.
Selon le droit constitutionnel américain, chaque État a sa propre Constitution, mais c'est avant tout la Constitution fédérale des États-Unis qui prime. Jusqu'à ce jour 37 des 50 États américains, ainsi que le district de Columbia, reconnaissaient le mariage gay. Désormais, les 14 États américains qui refusaient encore d'unir deux personnes de même sexe devront non seulement les marier, mais aussi reconnaître leur mariage lorsqu'il a été célébré ailleurs.
C'est pour fêter ce vote qu'il fallait aller à la Gay Pride ce dimanche 28 juin 2015. Ou pour voir la tête de ceux qui refusaient la décision. Il fallait y aller par n'importe quel temps.
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Il a été beaucoup question du vote pendant tout le défilé, comme si tous les protagonistes s'y attendaient. Il paraît que nous étions 2 millions à applaudir les 22 000 participants à la parade.
C'était une première pour moi. J'avais vu des images de gay prides, bien sûr. Ici, on m'a parlé d'exubérance, de tenues parfois choquantes (outrageous), comme si on avait voulu protéger la fille de la campagne que je suis. J'étais préparée... mais pas à un défilé quasi familial, j'y ai vu beaucoup plus d'enfants que d'attitudes outrancières. 
J'ai été aussi étonnée de voir à quel point la manifestation était  politique. Le maire démocrate Bill de Blasio a défilé en famille. D'autres que je ne connaissais pas ont été remerciés de leur soutien au mouvement LGBT. On sent poindre les prochaines élections.
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Et puis, des groupes, des tas de groupes, étaient sponsorisés par des entreprises, un acteur de la grande distribution, une compagnie aérienne, une compagnie d'assurances, une boisson gazeuse...
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D'autres défilaient en brandissant le nom de leur église, de leur quartier, de leur mouvement, de leur cause. Bref, c'était in - ter - mi - na - ble. Après 2 heures trente, j'en ai eu marre, je suis retournée chez moi. Le soleil s'était mis à briller.
J'ai entendu ici et là que c'était quand même grâce à toi, Barack, si cette loi avait passé. Et grâce à Michelle, ta douce moitié, aussi. Certains se sont même demandé si vous n'étiez pas cachés dans les voitures qui avaient l'air officiel dans le défilé. Ou Hilary, m'a dit mon voisin...

Dis donc, ces derniers jours ont été plutôt favorables à ta politique puisque la loi sur l'assurance maladie a aussi été validée par la Cour suprême, confirmant que des aides fiscales étaient conformes à la Constitution. Tu as déclaré à l'issue de ce vote : "Nous avons choisi d'écrire un nouveau chapitre où, dans une nouvelle économie, les Américains sont libres de changer de travail, de créer une entreprise, d'explorer de nouvelles idées, d'élever une famille sans crainte". Et même d'aller  Cuba !

Bonne chance pour la suite, tiens bon, il te reste un an.
D.

Le site officiel de la Gay Pride, c'est ici   .

Pour Obamacare, c'est ici.

Même l'Empire State Building avait revêtu
sa tenue arc-en-ciel

lundi 29 juin 2015

MoMA Blues


Chère Yoko,

Je ne savais pas grand chose de toi, sinon que tu avais changé John Lennon et que c'est à cause de toi que le Beatles s'étaient séparés. Bien sûr, on avait dit que tu étais une artiste expérimentale, plasticienne, musicienne, chanteuse, compositrice, écrivain, comédienne et cinéaste. A une époque où c'était moins aisé d'accéder à l'information, je n'avais aucune idée de tes talents d'artiste expérimentale. Par contre, pour la musique je savais, je trouvais inaudible dès que tu ouvrais la bouche.
Puisque j'avais envie d'aller au Museum of Modern Art, le MoMA, c'était l'occasion d'une séance de rattrapage bien tardive (Yoko Ono: One Woman Show, 1960-1971). J'ai vu cette rétrospective, j'ai parfois souri, je viens de passer du temps sur la toile pour essayer de comprendre ce que j'ai vu. J'ai lu qu'à 82 ans tu recevais enfin l'hommage qui t'était dû. Et moi je n'ai toujours rien compris.
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Je pense qu'il est inutile de te rappeler qu'on ne peut plaire à tout le monde, tu dois le savoir. Je suis aussi parfaitement consciente que mon avis ne va pas t'émouvoir.
Un jeu d'échecs où toutes les pièces et le plateau sont blancs,
ça j'ai bien aimé. On te disait non-violente, c'est un joli clin d'oeil.
Le MoMA est situé dans le quartier de Midtown. C'est Abby Aldrich Rockefeller (épouse de John D. Rockefeller, Jr.) et deux de ses copines, mécènes influentes et progressistes, qui ont ressenti la nécessité de contester les politiques conservatrices des musées traditionnels. Elles ont décidé de créer une institution vouée exclusivement à l'art moderne dont la mission serait de conserver des œuvres connues mais d'ouvrir également ses portes à de jeunes artistes.
Roy Lichtenstein, Drowning Girl, 1963
Inauguré en 1929, le musée est la troisième institution la plus visitée aux États-Unis après le Metropolitan Museum of Art (New York) et la National Gallery of Art (Washington).  Ces dames avaient donc eu du flair. L'institution conserve l'une des plus importantes collections d'art moderne et contemporain au monde avec celle du Centre Georges Pompidou (Paris) et de la Tate Modern (Londres). 
Piet Mondrian, Broadway Boogie Woogie, 1962-3
L'endroit est spectaculaire : le bâtiment lui-même, et le jardin. J'ai eu l'impression que le public a pleinement adhéré à l'envie initiale des trois richissimes mécènes, ouvrir les portes et populariser l'art : le vendredi de 16 à 21 heures, l'entrée y est gratuite, on s'y bouscule. Je n'avais pas compris la raison de ce soudain flot d'amateurs d'art. Non seulement, en tout temps, les audio guides sont gratuits, mais en plus, parce que j'avais communiqué mon adresse email, j'ai reçu un contre-rendu de ma visite... Je veux bien être traquée pour ce genre de choses.
Des chaises qui m'ont plu, j'aurais dû noter qui en étaient les artistes
J'ai aimé ce musée, Yoko, un peu moins tes chefs d’œuvre.

Sans rancune, j'espère.

D.

















PS.  Je n'ai pas oublié de faire un saut de l'autre côté de la rue, la boutique du MoMA est un régal pour les yeux, un peu moins pour le porte-monnaie.




dimanche 28 juin 2015

Le Village


Chère Camille,

Ce n'est pas pour rien que le quartier autour de Washington Park s'appelle le Village, il a l'air d'un village : des rues étroites qui ne sont pas alignées en damier, des commerces de toutes sortes sont accessibles, jour et nuit, jour ou nuit.

Le Village est entouré par Broadway à l'est, le fleuve Hudson à l'ouest, Houston Street au sud, et la 14e rue au nord. Les quartiers qui l'entourent sont East Village à l'est, SoHo au sud, et Chelsea au nord. Le village de Greenwich était mieux connu sous le nom de Washington Square au 20e siècle.
Si j'y suis déjà allée à plusieurs reprises, c'est que c'est un quartier voisin, donc je peux m'y rendre à pied, un quartier vivant, il y a des tas de bars, de clubs, de restos, et il y a ifc . C'est là que j'ai pensé à toi, pendant que je faisais la queue sur le trottoir, pendant que j'attendais que le film débute dans la belle salle frigorifiée (toujours cette satanée clim). Je me disais que tu adorerais cet endroit, alors je t'en envoie une tranche. 
La raison d'aller à ifc était bien simple, je voulais voir un documentaire sur Nina Simone qui m'a toujours fascinée. Une artiste qui a influencé son époque autant que son époque l'a influencée. J'avais été attirée très jeune par sa musique, mais je ne connaissais pas son engagement pour les droits des Afro-Américains dans les années 1960, ni qu'elle était une diva bipolaire, usée par les excès, parfois violente. Le documentaire commence avec un concert à Montreux en 1976 lorsqu'elle annonce à l'audience : "Je ne ferai plus de concerts de jazz, vous ne savez pas ce que je veux dire, je suis fatiguée, vous ne savez pas ce que je veux dire". Sa vie était un mystère, nous ne savions pas ce qu'elle voulait dire, nous avons eu 90 minutes pour le comprendre, suivre une enquête pour savoir comment elle en était arrivée là. On découvre son enfance, son rêve brisé de ne pas pouvoir devenir une pianiste classique, son mariage, son engagement pour les droits civiques aux États-Unis, ses difficultés à concilier son rôle de mère et son métier de chanteuse. Il faut voir What Happened Miss Simone ?" dès qu'il passera près de chez toi. Il répond à certains de mes questionnements pendant tout ce voyage : Que signifie être noir, black, nègre, afro-américain dans ce pays en 2015 ? Afro-latino-américain ? Il y répond, mais que partiellement. Forcément. 
 
Puisque nous sommes à Greenwich Village, profitons-en pour faire un tour. Tout d'abord, on ne manque pas de remarquer que la disposition de ses rues ne coïncide pas avec la majeure partie du plan cadastral en forme de grille de Manhattan, preuve que c'était un petit village rural avant d'être englobé dans Big Apple. Plusieurs rues sont étroites et on retrouve des virages à la place de carrefours à angles droits. En plus, à la différence de la majeure partie de Manhattan, les rues du Village portent des noms plutôt que des numéros. 
Blue Note, un club de jazz mythique
Greenwich Village est connu comme un des bastions de la culture artistique et d'un mode de vie bohème. Le quartier est réputé pour son pittoresque, ses artistes et sa culture alternative. En raison des attitudes progressistes de ses résidents, le Village a traditionnellement été le point central de nouveaux mouvements politiques, artistiques ou culturels. Cette tradition d'enclave avant-gardiste et de culture alternative remonte au début du 20e siècle et s'appuie à l'époque sur le développement de petites imprimeries, de galeries d'art et d'un théâtre expérimental.
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Les boîtes de jazz sont nombreuses.



Ces dernières années, le Village a maintenu son rôle de centre contestataire défiant la culture américaine au sens large. Par exemple, son rôle dans le Mouvement de libération gay puisque la plus ancienne librairie spécialisée dans les parutions gays et lesbiennes, le Oscar Wilde Bookshop, a été créée à Greenwich Village en 1967 (mais fermée en 2009). Dès les années 1980 des artistes gays investissent le quartier pour développer leur art, notamment l'art vidéo.
Un bar, un théâtre, une librairie gay, OK.
Mais un ice cream shop ?
J'ai vraiment eu l'impression que le Village nous permettait de tenir le coup dans l'immensité de cette ville, qu'ici le monde entier était connecté. D'ailleurs, c'est ici  que j'ai trouvé le meilleur pain de tout mon mon voyage... Et c'est pas rien, crois-moi !

Avec toute mon amitié.
D.